La peur, qui est une des principales émotions, définit bien souvent la rapport que nous avons avec elles. Les émotions nous font peur : incontrôlables, inexplicables, incohérentes, débordantes… Elles sont la manifestation visible de notre vulnérabilité. Nous mettons en place des stratagèmes pour les combattre, les éviter, les ignorer, les cacher.

Or, les émotions sont d’abord un phénomène biochimique, se

    nsé nous transmettre une information pour nous adapter à l’environnement. Elles sont donc utiles et légitimes. Cependant, ce que nous en faisons peut avoir des répercussions positives ou négatives, sur soi, autrui et altérer ou favoriser la qualité de notre relation au monde et aux autres.

    C’est pourquoi, nous gagnons à en faire des alliées, en les écoutant, les nommant et les acceptant pour les apprivoiser.

    Qu’est-ce qu’une émotion ?

    Le dictionnaire définit l’émotion comme un « état affectif intense, caractérisé par des troubles divers (pâleur, accélération du pouls, etc.) ».
    Dans une situation donnée, des hormones se déclenchent. La façon dont les émotions vont s’exprimer, leur intensité, résulte de l’interprétation que nous faisons de l’événement et de la façon dont notre cerveau a appris un mode d’adaptation plus ou moins adéquat face à une situation perçue comme négative ou positive.

    « Mon collègue vient dans mon bureau et ne me dit pas bonjour »
    Est ce qu’il m’en veut? Est-ce de ma faute? Est-il malpoli? Est-il préoccupé? Vais-je ressentir de la culpabilité, de l’humiliation, cela va-t-il me laisser indifférent?

    « Est ce que cette personne me regarde parce que je l’intéresse ou parce qu’elle me juge ?
     » Vais-je ressentir de la joie ou de la peur et de la colère ?

    Les 5 émotions de base sont la peur, la tristesse, le dégout, la colère et la joie. Elles sont innées et quelque soit notre appartenance culturelle nous sommes en mesure de les reconnaitre chez autrui.

    A quoi servent les émotions ?

    Les émotions ont pour utilité

    • de nous informer sur la dimension positive ou négative de notre vécu d’une situation. Si je ressens de la colère, un de mes besoins n’est pas satisfait, je me sens frustré, rejeté, incompris. Elles agissent comme une panneau signalétique.
      Cependant ce panneau peut donner une mauvaise indication, en indiquant du danger (attaque, jugement, rejet…) là ou il n’y en a pas. Nous pouvons aussi choisir de le regarder ou de l’ignorer et se priver d’une information utile.
    • de nous faire vivre une expérience. Si je ressens, je vis. L’émotion est ce qui me rend vivant à la différence d’un robot
    • d’être en relation et communiquer. Notre compétence réflexive, c’est à dire notre capacité à identifier ce que nous ressentons au contact de l’autre, à nous mettre à sa place et donc à nous adapter permet d’être en lien et d’avoir des relations harmonieuses.

    Pourquoi ressentons une émotion plutôt qu’une autre?

    L’émotion est l’expression par le corps, d’un vécu face à une situation. L’interprétation que nous faisons des situations est le fruit de nos expériences passées. Au fil du temps nous avons adopté des mécanismes d’adaptation (défense, attaque, repli, colère, tristesse) parfois rigides et incontrôlables.
    Ces derniers sont des moyens de protection mis en place parfois dès l’enfance. Notre instinct de survie nous a permis de trouver les ressources pour faire face dans un environnement ressenti comme hostile ou inadapté à nos besoins fondamentaux.

    Par exemple :

    • dans un environnement familial violent, je développe ma capacité à ne pas ressentir, ou à me replier, à éprouver la tristesse plutôt que la colère. Je donne du sens à ce qui n’en a pas en me disant que je suis coupable, ou bien que tout cela est normal.
    • j’ai grandi avec un père autoritaire, dévalorisant. Je me suis senti honteux, pas à la hauteur, effrayé par sa colère. J’ai appris à me taire, à refouler ma colère ou ma tristesse. Dans une relation d’autorité, avec un supérieur hiérarchique, je pourrai revivre ces mêmes émotions
    • pour faire plaisir à maman, je devais être sa poupée, toujours jolie, gentille. Je dois donc être une poupée parfaite et souriante pour que l’on m’aime. Je n’exprime pas mes émotions, je me contrôle, je suis sage et conciliante, c’est ainsi que je recevrai l’amour et l’attention dont j’ai besoin.

    La qualité du lien (voir article sur la théorie de l’attachement) que nous avons vécu avec nos objets d’amours (père, mère, famille) impacte notre perception de l’autre. Recevoir un amour bienveillant et sécurisant permet de développer la confiance en soi, en l’autre et en l’avenir.

    Une personne qui aura vécu des ruptures, des abandons sera d’avantage sensible émotionnellement aux séparations petites ou grandes. La peur d’être abandonné s’exprimera par de la colère, de la tristesse, de la jalousie.
    En résumé, la façon dont je me perçois, perçois les autres et le monde oscille entre confiance et défiance. En fonction de mon vécu, ma perception sera plus proche de l’une ou de l’autre Les émotions qui s’exprimeront en seront la conséquence. Tout comme le type de relation que j’entretiendrai avec les autres (harmonieux, bienveillant ou défensif, conflictuel, toxique) et ma compréhension du monde (optimiste, positif, critique, dangereux).

    4 suggestions pour mieux vivre avec ses émotions

    Mieux vivre ses émotions nécessite une forme d’apprentissage. Ce dernier est parfois difficile. Le travail avec un psychothérapeute ou un coach peut être une aide précieuse. Il sera à la fois un guide, un soutien, un reflet.

    1.Les laisser vivre
    Empêcher ses émotions de s’exprimer en les refoulant ou en ruminant conduit au trop plein. Elles finiront par trouver le moyen de se manifester en explosant à retardement ou à travers des troubles psychosomatiques.

    2.Les écouter et les nommer

    Mettre des mots sur l’émotion permet de s’en distancer. De quelle émotion s’agit-il ? Qu’est-ce que je ressens ?

    • Les considérer comme porteuses d’un message permet de s’en faire un allié pour mieux se connaitre. Qu’est ce qui me rend triste ? Quel sens donner à cette colère ? En quoi me suis-je senti en danger, pas respecté ? Lequel de mes besoins n’a pas été satisfait ? Comment pourrai-je y remédier ?
    • Identifier en quoi cette émotion parle de l’ici et maintenant ou bien d’avant et ailleurs ?
      Suis-je en colère contre la bonne personne ? Si je pleure devant un SDF, est ce bien pour lui que je pleure ?
    • Rendre l’émotion à la personne à laquelle elle appartient. Je ressens de la honte ou de l’agressivité. S’agit-il bien de la mienne ou de celle de mon interlocuteur ? Nous sommes en permanence en interrelation. La tonalité émotionnelle de chacun est contagieuse. Nous pouvons être amené à ressentir des émotions qui ne nous appartiennent pas.

    3.Les accepter et les partager sans se juger
    Nos émotions sont liées à notre représentation du monde, il s’agit de notre vérité. Elle peut être entendue, partagée et accueillie.

    4. Les apprivoiser
    Les laisser vivre, les écouter, les nommer, les exprimer, permet non pas d’être dans le contrôle des émotions mais de les apprivoiser.